Par Mireil.29
Dans l'âpre souffle des hivers,
Pareilles à des noyés hâves,
Voici venir du fond des mers,
Les tristes, les vieilles épaves...
Et c'étaient jadis des vaisseaux,
Des vaisseaux bruns aux blanches voiles,
Que berçait l'infini des eaux
Avec la chanson des étoiles.
C'étaient des bricks aux mâts hautains,
Aux flancs rebondis, comme l'Arche,
Et qui semblaient, dans les lointains,
Un peuple de clochers en marche.
L'Océan vaste, avec lenteur,
les promenait sur son épaule,
Des soleils lourds de l'équateur
Aux frissonnantes nuits du pôle;
Et le soir, les marins assis,
Balancés dans les vergues noires,
Se racontaient de longs récits,
Vieux refrains et vieilles histoires,
Et les mousses, rudes enfants,
Dans leur sommeil plein de chimères,
Rêvaient des retours triomphants
Vers le pays, où sont les Méres...
Anatole Le Braz.
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